Image du film Un cœur simple
L’adaptation du conte de Flaubert Un cœur simple est pour le coup une vraie réussite, qui réjouira tous les professeurs et dans une certaine mesure leurs élèves, classes de troisième ou de seconde, qui découvrent chaque année la vie de Félicité dans le cadre de l'étude du récit ou de la nouvelle.

La dix-neuvièmite s’est emparée du cinéma français. L’adaptation du conte de Flaubert Un cœur simple est pour le coup une vraie réussite, qui réjouira tous les professeurs et dans une certaine mesure leurs élèves, classes de troisième ou de seconde, qui découvrent chaque année la vie de Félicité dans le cadre de l'étude du récit ou de la nouvelle.
La magistrale interprétation des deux comédiennes, Sandrine Bonnaire (la bonne Félicité) et Marina Foïs (sa maîtresse Madame Aubain), toute en retenue et en profondeur, laisse bien transparaître ce qu’Hegel a appelé la dialectique du maître et de l’esclave : tandis que Félicité s’accomplit dans les travaux et les jours, animée d’une inextinguible soif d’amour, Madame Aubain est incapable d’éprouver le moindre sentiment du haut de sa condition. Ainsi Félicité tout le long de sa vie reporte son amour, de Théodore sur Clémence, de Victor son neveu sur Loulou, le perroquet, tandis que Madame Aubain reste sourde au désir de Frédéric, le maître de musique, à l’affection de sa fille Clémence et se drape dans une frigidité qui sera son linceul.
La simplicité de Félicité n’a rien d’ironique, même si sa dernière vision transfigure Loulou en Esprit-Saint : "L'histoire d'Un coeur simple est tout bonnement le récit d'une vie obscure, celle d'une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu'elle soigne, puis son perroquet ; quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Cela n'est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste." (Flaubert, lettre à Madame Roger des Genettes. 19 Juin 1876).
De fait, empruntant au réalisme et au naturalisme, le film restaure le tableau de la domesticité rurale à la fin du XIXe siècle sur le registre principalement pathétique, mais sans violons ni trémolos (on pourrait d’ailleurs compléter l’analyse d’Un Cœur simple par l’étude de Germinie Lacerteux des Goncourt, afin d'étudier la domesticité urbaine). Mais le film évoque aussi Courbet et ses paysages normands (marins et champêtres) au détour de séquences pleines d’une sensualité sonore et visuelle, qui rendent grâce à l’écriture de Flaubert. Enfin, l’adaptation reste fidèle tout en s’enrichissant de quelques audaces réussies, comme l’étreinte entre Félicité et Théodore qui ne dénature en rien le personnage.

Florence Salé

Professeure de Lettres modernes au lycée Eugène Delacroix de Drancy, en Seine-Saint-Denis. J’ai découvert le cinéma à la télévision, par le biais d’émissions cultes comme La Dernière Séance et Le Cinéma de Minuit. Aujourd’hui mes goûts sont éclectiques : j’aime Lynch, Kurosawa, Hitchcock, Demy. Ce qui me plaît le plus, c'est la narration et ses heurts, ainsi que la mise en images des traits profonds de l'humanité, saisis sur le fil de leur ambiguïté.

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