Image du film Azur et Asmar

Présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, la dernière animation de Michel Ocelot, Azur et Asmar, magistrale mise en tableaux, offre des possibilités d’exploitation pédagogique aussi riches que variées.
Le graphisme en 3D répond au défi du réalisme merveilleux, en donnant à voir un trait géométrique qui précise les contours et crée une élégance dans le style, et qui respecte l’imaginaire en convoquant un véritable festival de couleurs.
Certes, si le film se réfère toujours autant à la naïveté du Douanier Rousseau, il emprunte aussi ses bleus et sa lumière à Matisse. La recherche en Arts Plastiques peut porter sur quelques temps forts (les palmeraies aux troncs comme constellés de pierreries, qui apparaissent telles un mirage ; le palais noir et blanc de la petite princesse dont les arcs et carrelages rappellent les palais de l’Alhambra, la salle des lumières, véritable mosquée des djinns….).
En chantant une véritable ode à la culture musulmane (programme d’Histoire-Géographie de 5ème), l’animation suscite à certains plans une exclamation admirative, mais le sens de l’œuvre ne saurait se réduire à l’esthétique. En plein débat sur l’immigration choisie, le film d’Ocelot est un intelligent plaidoyer pour le métissage, "le tiers instruit", sans aucun didactisme. Le film échappe constamment à la binarité du titre pour entrecroiser deux destins, ce que l’analyse précise des schémas narratif et actantiel (programme de Français de 6ème) révèlera. Quant au message de tolérance, il pourra être évoqué au détour de l'analyse de l’apologue (qui disparaît des programmes de Première en Lettres, mais peut se retrouver à travers l’étude des Contes de Perrault illustrés par Gustave Doré, au programme des Terminales littéraires —on notera au passage, le costume de Prince d’Azur qui n’est pas sans rappeler celui de Jean Marais dans le Peau d’âne de Demy—).
Michel Ocelot offre donc à Kirikou, une descendance digne du petit personnage, en explorant l’exotisme éternel de contrées lointaines, et en nous "invitant au voyage".

Florence Salé

Professeure de Lettres modernes au lycée Eugène Delacroix de Drancy, en Seine-Saint-Denis. J’ai découvert le cinéma à la télévision, par le biais d’émissions cultes comme La Dernière Séance et Le Cinéma de Minuit. Aujourd’hui mes goûts sont éclectiques : j’aime Lynch, Kurosawa, Hitchcock, Demy. Ce qui me plaît le plus, c'est la narration et ses heurts, ainsi que la mise en images des traits profonds de l'humanité, saisis sur le fil de leur ambiguïté.

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