Image du film No et moi

Zabou Breitman : "J’ai été très sensible à la force et à la simplicité du sujet de "No et moi"

Entretien

No et moi

La cinéaste Zabou Breitman revient dans ce court entretien sur la genèse de son film No et moi, adaptation cinématographique du roman de Delphine de Vigan.

No et moi est votre deuxième adaptation d’un roman…

Zabou Breitman : La deuxième au cinéma ! J'ai également monté plusieurs adaptations au théâtre, des choses très diverses comme des textes tirés des documentaires de Raymond Depardon. La différence est que les textes que j’ai montés au théâtre je les connaissais intimement, c’est moi qui les avait choisis. Alors que les deux textes que j'ai portés à l'écran, sont des textes qui m’ont été proposés. C’est un travail différent, on se plonge dans le texte, on le décortique et on le travaille au corps. Il ne s’agit pas pour autant, au final, d’un film moins personnel. On en a plein d’exemples dans l’histoire du cinéma : des films de commande ou « de studio » qui sont totalement personnels. Le sujet n'est pas du réalisateur mais sa personnalité est partout ailleurs.

Qu’est-ce qui vous a touché dans le sujet ?

J’ai été très sensible à la force et à la simplicité du sujet de No et moi, et à la justesse de l’écriture de Delphine de Vigan. J’avais envie depuis longtemps de raconter quelque chose autour de l’adolescence, et je trouvais très jolie cette histoire d’ado un peu précoce, marquée par la mort de sa petite sœur en bas-âge. Elle veut sauver le monde, un peu comme tous les ados, et en même temps elle a une personnalité bien à elle.

Le film repose sur la relation très forte entre Lou et No…

C’est vrai que mes films se basent souvent sur un « couple » (pas forcément un homme et une femme), une relation d’équilibre entre deux personnages. Je dois être une personnalité un peu scindée ! Ici c’est entre Lou et No. Mais il faut généralement qu’il y ait un troisième personnage, pour éviter une relation trop fusionnelle, pour aérer un peu l’histoire, introduire de la rivalité aussi. Dans No et moi le personnage de Lucas (Antonin Chalon) permet de faire avancer l’histoire, il comprend des choses sur No que Lou n’aurait pas forcément saisies. Mais ce sont toutes les interactions entre les personnages qui m’intéressent, par exemple dans la scène du repas des parents de Lou avec le beau-frère et la belle-sœur, il y a tout plein de choses qui passent entre chacun des personnages.

Votre cinéma se distingue par l’attention portée aux comédiens, la justesse de la direction d’acteurs. Est-ce dû au fait que vous avez commencé comme actrice ?

Peut-être que j’ai effectivement une sensibilité particulière pour diriger les acteurs… Il n'y a pas de méthode, de manière de diriger, il y en a une différente pour chaque personne. Quand on dirige quelqu'un on ne le transforme pas : on fait avec sa personnalité, son histoire. Les gens ne cessent pas d'être eux-mêmes quand ils jouent. Bernard Campan par exemple est quelqu'un de très doux, il n'y a aucune brutalité en lui. J'ai dû vraiment le pousser dans les scènes où il se dispute avec No, parce qu’elle ne respecte pas les règles qu’il avait édictées. À la fin c'est très beau parce qu’il joue la fermeté, mais sans que derrière il y ait une once de violence. Je crois qu’au final l’essentiel est de ne pas se tromper dans la distribution, de trouver la bonne personnalité pour chaque rôle !

Pouvez-vous nous parler des deux comédiennes qui jouent les héroïnes de No et moi ?

Ce qui est intéressant dans No et moi c’est qu’elles sont très différentes, très complémentaires. La petite Nina Rodriguez a l'âge de Lou dans le film, et elle est très proche de son personnage, ce qui était indispensable pour un rôle aussi lourd. C’était agréable de travailler avec elle parce que c’est une très bonne élève : elle écoute beaucoup, elle travaille, elle essaye. Elle a pris beaucoup d’assurance au fur et à mesure que le tournage avançait. Et en face il y avait Julie-Marie Parmentier (No), qui est une comédienne accomplie, dans un vrai rôle de composition ! La veille du tournage elle jouait encore dans La petite Catherine de Heilbronn de Kleist, ce rôle d’une jeune fille délicate et timide. Nina était vraiment en admiration devant Julie-Marie, et Julie-Marie l'a beaucoup aidée. Si je n’avais pas trouvé les deux bonnes actrices, le film n’existait tout simplement pas !

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