Image du film Fahim

"Le sport est vecteur d’intégration : il permet de dépasser les barrières linguistiques et culturelles"

Entretien

Fahim

Dans Fahim, Pierre-François Martin-Laval raconte l'histoire vraie d'un jeune champion d'échecs qui émigre en France avec son père. Nous avons demandé à l’historien Yvan Gastaut, spécialiste des liens entre immigration et sport en France, de replacer la trajectoire humaine et sportive de Fahim dans un contexte plus large.
 
Vos travaux portent sur les liens entre sport et immigration. Le film promeut cette image du sport comme langage universel, qui permet de dépasser les barrières linguistiques et culturelles. Le sport est-il un vecteur efficace d’intégration ? 

Le sport est bien sûr un vecteur d’intégration, notamment parce qu’il s’agit d’un langage qui dépasse les barrières linguistiques et culturelles. Des disciplines comme les échecs ou le football sont universelles et pratiquées presque partout dans le monde. Le sport offre ainsi la possibilité de passer entre les « mailles culturelles » qui empêchent certaines populations de se croiser. Un autre facteur d’intégration important est le fait que le sport se pratique la plupart du temps en équipe, ou (pour les sports dits « individuels ») dans le cadre de structures collectives comme les clubs : on est obligés de s’entendre, de développer des stratégies et de mettre de côté ses antagonismes, y compris quand on s’oppose. 

Le talent du jeune Fahim est perçu avec plus ou moins de bienveillance par les personnes qu’il croise. Est-il difficile pour les jeunes joueurs de s’intégrer lorsqu’ils arrivent en France ?
 
Les jeunes sportifs comme Fahim rencontrent un double problème : arriver dans un nouveau pays dont il faut assimiler les us et les codes ; arriver dans un groupe, un club, une fédération… dans lesquels on peut être considéré comme un intrus. Le cas de Fahim représente bien ce que des sportifs peuvent ressentir lorsqu’ils arrivent en France. Je ne parle pas des sportifs professionnels qui ont signé un contrat mais plutôt de sportifs qui « tapent à la porte », qui arrivent par des biais détournés ou qui sont clandestins. Beaucoup de jeunes pousses viennent en France tenter leur chance, notamment dans le football. Ils sont aidés par les clubs alors qu’ils n’ont pas de papiers, comme Fahim, mais souvent ils échouent à rejoindre le haut niveau. Ils retombent alors dans une forme de violence sociale parce que leur objectif est rarement atteint. Que faire dans un pays qui vous rejette car vous n’avez pas de papiers ? Cette situation n’est pas neuve : dans les années 50 et 60 à la fin de la colonisation, on voyait déjà des jeunes africains qui venaient tenter leur chance dans les clubs français.

Vous avez montré dans vos travaux que le sport peut-être un facteur d’intégration mais aussi une caisse de résonance du racisme, ce que l’on voit dans le film à travers le comportement de l’adversaire de Fahim et de son entraîneur. Comment expliquez-vous ces deux effets opposés ? 

Le sport entraîne une mise en scène des différences. Parfois celles-ci s’additionnent et font corps pour mener à la victoire, mais parfois elles se crispent et s’opposent. Souvent les mêmes individus ont des comportements qui peuvent être solidaires ou racistes. Il s’agit d’un paradoxe : le sport met en scène des fonctionnements ouverts mais certains de ses pratiquants développent des comportements fermés. On peut observer cela chez les supporters dans les stades de football : ils peuvent supporter une équipe qui comporte plusieurs joueurs de couleur, puis envoyer des bananes sur le terrain pour attaquer un joueur adverse. Le racisme n’est jamais très loin, mais il est tempéré par des formes d’adulation. Il ne faut ni idéaliser, ni diaboliser le sport. 

La réussite de champions qui en sont issus rejaillit-elle positivement sur la perception que les Français ont de l’immigration ? 

Ces cinquante dernières années le sport est devenu central dans nos sociétés. On lui assigne la fonction de mettre en scène l’interculturel, souvent à son avantage, mais parfois à son détriment. Je pense pour ma part que les figures de champions issus de l’immigration ont un impact réel, même s’il est indicible et souterrain. Quand Zinedine Zidane devient un héros français après la victoire en Coupe du Monde, le racisme anti-arabe est très fort en France. Bien sûr, il ne résout pas tous les problèmes mais sa popularité aide à briser des stéréotypes. Un sportif, comme un acteur de cinéma d’ailleurs, peut avoir cet effet positif sur les représentations. À l’inverse, quand ça va mal, on va plaquer d’autres fantasmes sur le sport et les sportifs. Dans les années 2010 par exemple, quand la France était au fond du trou, on a retrouvé accolées à l’équipe de France de football les étiquettes les plus négatives : des « racailles de banlieue », des « jeunes qui ne se tiennent pas » ou ne « s’intègrent pas »… 

Vous avez également travaillé sur la représentation des immigrés au cinéma. Dans quelle veine s’inscrit le film Fahim ?

Le film est assez caractéristique de la manière dont la société a évolué. J’ai beaucoup travaillé sur les films mettant en scène des migrants dans les années 1970, que ce soit des films réalisés par des personnes nées dans les pays décolonisés ou des films de réalisateurs français comme Yves Boisset. Ils mettaient en scène et dénonçaient un racisme virulent, une société crispée, beaucoup plus violente qu’aujourd’hui. À partir des années 1980, on commence à voir des films qui mettent en avant l’interculturel, la capacité à accueillir et à s’entendre. Ces films, dans lesquels on retrouve des acteurs français issus de l’immigration, sont au diapason de ce qui se passe dans la société avec SOS Racisme, la « Marche des beurs », l’intégration des jeunes… Fahim se situe dans la mouvance récente (une dizaine d’années) de films qui se montrent sensibles aux thèmes de l’immigration et de l’intégration, qui mettent en scène les problèmes que les populations qui arrivent sur le territoire peuvent rencontrer. Ils mettent en jeu des histoires positives en dénonçant le racisme et en prenant en considération la nécessité d’agir face à ceux qui prônent la haine. On peut aussi penser à Welcome de Philippe Lioret qui raconte l’histoire d’un maître-nageur qui va aider un jeune clandestin à s’entraîner à la nage pour pouvoir traverser la Manche. C’est une belle histoire sur la tolérance qui rappelle celle de Fahim.

Yvan Gastaut est historien et spécialiste des questions migratoires et du sport. Il est maître de conférences à l’université de Nice Sophia Antipolis et est notamment l’auteur des ouvrages Le football dans nos sociétés (sous la direction de Stéphane Mourlane, éd.Autrement, 2006) et Le métissage par le foot, l’intégration mais jusqu’où, éd.Autrement, 2008).
 

Pauline Le Gall

L'avis des enseignants

 4.4 / 5 (27 avis)
 5.0 / 5

Un film réussi sur un sujet sensible. A voir avec des élèves de lycée afin d'alimenter leur réflexion sur les difficultés d'intégration rencontrées par les migrants lors de leur arrivée en France.

Nathalie C. - Lycée polyvalent Saint-Joseph - La Salle

 5.0 / 5

Un film touchant basé sur une histoire vraie, traitant de la difficile insertion des immigrés avec humour et tendresse, et des acteurs attachants.

Isabelle A. - Ecole primaire privée Saint Jean de Passy

 3.5 / 5

Un film un peu mélo au début qui retranscrit bien le parcours du combattant et les aberrations auxquels sont confrontés les réfugiés politiques ou économiques lors de leur arrivée sur le territoire français.

Véronique S. - Section d'enseignement professionnel du lycée Lucas de Nehou

 3.5 / 5

Un film un peu mélo au début qui retranscrit bien le parcours du combattant et les aberrations auxquels sont confrontés les réfugiés politiques ou économiques lors de leur arrivée sur le territoire français.

Véronique S. - Section d'enseignement professionnel du lycée Lucas de Nehou

 5.0 / 5

Très très beau film ! honnêtement je ne m'attendais pas à grand-chose vu les antécédents de PEF ("Les Profs", oui, bon), donc c'est une très bonne surprise. Un scénario à la fois réaliste et bien mené, beaucoup d'humour et de l'émotion. Un film idéal pour des collégiens à mon avis, mais les adultes ne bouderont pas leur plaisir (notamment de voir Depardieu et Isabelle Nanty).

Dalila H. - LP Marie Laurencin

 4.0 / 5

Le fait que ce soit inspiré d’une histoire vraie rend le film touchant, mais le jeune acteur lui même sans papier a-t-il été aussi régularisé comme son personnage champion d'échecs ? Un cas isolé qui ne doit pas faire oublier la réalité des migrants inconnnus...

OLIVE E. - Lycée privé Sainte-Marie

 5.0 / 5

Un film émouvant où, malgré quelques invraisemblances, le combat des migrants est bien abordé même si la réponse élitiste de F.Fillon est inquiétante pour la majorité écrasante de ceux qui ont fui la mort!

GISELE J. - Lycée Paul Bert

 5.0 / 5

Film très touchant, qui aborde le problème de l'intégration des migrants et de la tolérance. Des personnages qui émeuvent, d'autant plus qu'il s'agit d'une histoire vraie et que les acteurs ne sont pas tous des professionnels. Ce film peut être vu par des élèves!!!!!!

Mireille H. - LPA Notre-Dame

 5.0 / 5

Un film splendide, des acteurs merveilleux de vérité. Un film que je conseille aux élèves du collège comme du lycée.

Mireille B. - Lycée privé des Petits Champs

 5.0 / 5

Très bon film car il est inspiré d'une histoire vraie et nous côtoyons tellement d'immigrés à Lille que nous devons faire réfléchir nos jeunes sur ce grave problème de société. Comment les accueillir décemment et les intégrer à notre société. Il y a aussi un très bon livre Moi Gulwali réfugié à 12 ans de Gulwali Passarlay. La scène de traduction m'a beaucoup touchée quand on ne maîtrise pas la langue on est à la merci de se interlocuteurs.

christine F. - Lycée privé La Croix Blanche

 3.0 / 5

Film dont le sujet d’importance a le mérite d’être traité et d’être soutenu par d’excellents acteurs mais leur jeu est ici très conventionnel et attendu, un film d’amis qui n’aborde pas assez les conditions désastreuses des réfugiés. Le seul responsable semble être le traducteur, autre migrant qui veut défendre sa communauté. un film intéressant pour les collégiens parisiens qui croisent et craignent les migrants sur les trottoirs car il redonne une humanité à ceux-ci.

sylvie c. - Collège Janson de Sailly

 5.0 / 5

Film très touchant, bien joué, plein d'espoir, avec beaucoup d'humour. A montrer au collège et classes d'accueil. C'est une belle histoire mais un cas isolé, assez particulier.

Virginie D. - Lycée Maurice Ravel

 5.0 / 5

Film émouvant. Un début dans la veine de "Slum dog millionnaire" et "Lion". Des images bien filmées et sobres et des acteurs qui sonnent juste. Bien sûr Fahim n'est pas n'importe qui mais ce film montre aussi comment on peut être humain et solidaire par des petits gestes du quotidien. A montrer en priorité à des élèves de 4e qui travaillent en Géographie sur le thème des migrants. Merci. Armelle J, professeur d'HG et FLS.

Armelle J. - Collège Cacault

 4.0 / 5

Un joli film touchant et plein d'humour qui peut être exploité de la 6è (solidarité) à la 4è (la situation politique au Bangladesh et l'émigration) Les scènes de violence ne sont pas occultées. La fin est prévisible, c'est vrai. Ecole internationale bilingue

Marcelline D. - Collège privé Ecole active bilingue Monceau

 3.5 / 5

Un très joli film à la fois drôle et émouvant qui est un témoignage très utile sur le thème de l'émigration et du droit d'asile. Le film est de plus admirablement bien joué . Un vrai moment de plaisir !

christine F. - Collège la Grange aux Belles

 3.0 / 5

Un film jqui plaira beaucoup aux enfants de collège et des écoles primaires mais et qui a beaucoup de mérite car il fait entrer sur la carte le Bangladesh qui est souvent peu présent dans les médias sauf lorsqu'il y a un accident. Un film plein de joie et d'humour qui est très émouvant.

claire d. - LPO Jean Lurçat - Site Gobelins

 5.0 / 5

Très beau film. Très émouvant.

Sandra B. - Collège André Malraux

 5.0 / 5

Très joli film, émouvant et joyeux. Un joli portrait de société: classe moyenne et populaire/ l'engagement associatif... pour aller au delà du premier aspect: fuir et migrer.

isabelle D. - Lycée privé Saint-Nicolas

 5.0 / 5

Très bon film; très émouvant

Catherine B. - Lycée privé Fénelon Sainte-Marie La Plaine Monceau

 4.5 / 5

Un film émouvant et souvent drôle pour décrire une réalité terrible et très actuelle.

Karin G. - Lycée polyvalent Dorian

 1.0 / 5

Un film dégoulinant de bons sentiments présentant une espèce de conte de fée qui m'a laissée perplexe... quel est le message ? Merci monsieur Fillon d'avoir régularisé ce sans-papiers ? Et les sans-papiers qui ne sont pas des champions d'échecs ? Certes le jeune Fahim et sa famille sont sortis d'affaire et j'en suis évidemment très heureuse pour eux... pour autant, peut-on parler de "happy end" au regard de tous les autres reconduits à la frontière ?

Anne G. - Lycée Emile Dubois

 5.0 / 5

C'est plein d'émotion d'humanisme et l'humour. Bravo tout est génial l'histoire le scénario et les acteurs

mohamed b. - Lycée international de Paris Honoré de Balzac

 2.0 / 5

Si l'histoire de Fahim est très touchante, le traitement est cependant bien simpliste. Le film est prédictible du début à la fin, les acteurs en font des tonnes, je me suis beaucoup ennuyée hélas. J'en suis moi-même désolée car tous ont le cœur accroché au bon endroit à l'évidence.

MURIEL I. - Lycée Buffon

 5.0 / 5

Un film bouleversant. Au-delà des sujets à traiter avec nos élèves, c’est aussi un modèle de courage et de persévérance incroyable !

Nadia A. - Ecole primaire privée Saint Pierre de Chaillot

 5.0 / 5

Un film actuel et émouvant. Merci à toutes celles et ceux qui contribuent à donner vie à ces destins tragiques d'hommes et femmes qui parfois, échouent sous nos yeux, dans un silence assourdissant...

Amina L. - Lycée Maximilien Vox

 5.0 / 5

Superbe! J’ai adoré ce film. Le fait que c’est inspirée d’une histoire vraie rend le film encore plus touchant!

Lilia L. - Section d'enseignement professionnel du lycée Elisa Lemonnier

Suivez-nous