Image du film Le Labyrinthe de Pan

Guillermo del Toro réveille les monstres de l'Histoire espagnole

Critique

Le Labyrinthe de Pan

Toute l'originalité du film du mexicain Guillermo del Toro est de confronter les monstres de l'Histoire et ceux du bestiaire fantastique. La magie de la mise en scène opère indéniablement.

"Le sommeil de la raison engendre des monstres…" De cette citation, tirée d'une eau-forte de Goya, on a fait deux lectures: une lecture littérale s'appliquant à la création artistique (le peintre précisait ainsi son propos : "la fantaisie, sans la raison, produit des monstruosités ; unies, elles enfantent les vrais artistes et créent des merveilles "), et une lecture métaphorique et politique, qui renvoit de manière coutumière aux totalitarismes (ainsi Primo Levi décrivant le lager comme "le plus menaçant des monstres engendrés par le sommeil de la raison").
De monstres il est beaucoup question dans Le Labyrinthe de Pan : monstres fantastiques comme ceux que la jeune Ofelia croisera dans son exploration du monde de Pan ; monstres historiques aussi, à l'instar du capitaine Vidal (Sergi Lopez), cruelle incarnation du franquisme triomphant, traquant sans relâche les derniers maquis républicains (nous sommes en 1944). Toute l'originalité du film est de les mettre constamment en parallèle, le merveilleux servant d'échappatoire à une réalité violente, et vice versa.
Si le propos du réalisateur mexicain Guillermo del Toro n'est pas toujours très clair (dans le dossier de presse il évoque le fascisme comme "perversion de l'innocence"), la magie de la mise en scène opère indéniablement.
Le film pourra faire l'objet d'une intéressante utilisation pédagogique en classe d'Espagnol, autant pour le contexte historique que pour le merveilleux, et pour l'inspiration picturale revendiquée par Guillermo del Toro : Goya et sa période noire, notamment le célébrissime Saturne dévorant un de ses enfants (cf la scène ou le "Pale Man" dévore les fées) ou ses "caprichos".

Vital Philippot

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