Image du film Vandal

Qui ne s'est jamais demandé, en levant le nez au cours d'une promenade en ville, qui avait bien pu réaliser ces graffitis perchés dans des endroits improbables, et au prix de quelles prouesses ou de quels dangers ? A travers son subtil récit initatique, le moindre des attraits de Vandal, le premier film de Hélier Cisterne, n'est pas de nous plonger dans le monde mystérieux et impénétrable des graffeurs

Le film suit les pas de Cherif, adolescent turbulent envoyé chez ses cousins par une mère dépassée afin d'y être "repris en main", selon la formule consacrée, et accessoirement de se rapprocher de son père. Au sévère régime imposé par son oncle (inattendu Jean-Marc Barr), Cherif va trouver une échappatoire inattendue en la personne de son cousin : caché le jour sous l'apparence d'un lycéen à lunettes sage jusqu'à la caricature, celui-ci se transforme la nuit en leader charismatique d'un petit groupe de graffeurs, qui écument la ville et bravent la police à la recherche du spot parfait.

La réussite de Vandal tient d'abord à son éclatante beauté plastique dans ces scènes nocturnes, beauté exaltée par la musique électro d'Ulysse Klotz : à la lueur des éclairages urbains ou dans les ombres des immeubles, le ballet hypnotique des graffeurs se déploie sous les yeux d'un Chérif ébahi. Mais le film ne se contente pas de jouer sur l'esthétisme ou de capitaliser sur l'imagerie du graff : il mène de main de maître un beau récit d'apprentissage, et compose un magnifique portrait d'adolescent (cousin urbain, à sa manière, de L'Apprenti de Samuel Collardey). A travers une pléiade d'acteurs secondaires remarquables de justesse (Ramzy Bédia, Marina Foïs), Vandal éclaire la complexité de ce jeune homme qu'est Chérif, et explore ses différentes "affiliations" : familiale (éclatée entre le père et la mère, mais aussi entre deux cultures), scolaire et professionnelle, amoureuse, sans oublier son intégration au groupe très soudé des graffeurs et à leur univers culturel très fortement défini.

Qu'importe dès lors si la partie la plus romanesque du film, qui lorgne vers le polar (la rivalité du petit groupe avec le mystérieux "Vandal", dont ils jalousent les exploits), semble moins convaincante : mêlant une très subtile chronique, à la fois intime et sociale, de l'adolescence (pour la partie jour), et de purs trips de beauté plastiques (pour la partie nuit), ce premier film fait preuve d'une maîtrise impressionnante. Il peut être le support d'une réflexion stimulante à la fois en sociologie et en arts plastiques et histoire des arts (sans remonter nécessairement jusqu'à la Grotte Chauvet).

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